Autonomie et austérité dans le programme des 3 présidents (SPRINT)

Publié le par alternative-amu

 

L'autonomie, telle que conçue par la LRU, est une bible pour la liste  des trois présidents. Elle lui permet de qualifier de démocratiques les décisions prises par les instances délibératives, bien que celles-ci soient élues par un système qui n'est en aucune manière démocratique. Mais la volonté de laisser à un CA mal élu le choix des décisions à confier au président a pour conséquence de faire des instances "d'aide au pilotage", elles-mêmes non élues, des  faux-semblants de conseil et d'information . Rien de vraiment inattendu, mais la confirmation d'une autonomie dirigée, à la fois par l'Etat et la direction de l'université (si celle-ci est docile au premier, d'où l'importance des élections). Et la rigueur qui se met en place demande un examen attentif des programmes en présence .

Le plafond des emplois inscrit dans la LRU ne peut manquer d'être  visé par l’austérité. Il devra être respecté, c'est à dire ne pas compter sur un accroissement de la dotation de l'Etat, bien plutôt sur sa réduction, et l'on voit, à lire ce qui vient de nombreuses universités,  que le risque de budgets en déséquilibre et donc de mise sous tutelle rectorale, est dès aujourd'hui une réalité.

L’université d’Aix-Marseille  peut-elle échapper à ce risque ? Si l'on regarde le bilan social de U2, il est clair que cette université ne craignait pas ce risque, complétant la dotation de l'Etat en postes permanents (soumis au plafond d’emplois) par l'utilisation de ses fonds propres. Mais l’UAM n'est pas U2 et les recettes de U2 ne lui seront pas transférables mécaniquement. Il serait dangereux, par exemple, de projeter sur l’UAM les fonds propres de U2 : la notion de fonds propres, par temps de rigueur, doit être maniée avec précaution et chacun a tendance à penser pour lui-même.

Si nous regardons la politique d'emplois et de rémunérations de la liste des trois présidents, son point  fort est la "sanctuarisation" de 15% d'emplois vacants pour recruter des chercheurs de  renommée internationale  à "haute valeur ajoutée", c'est à dire assurés d'un traitement très supérieur à ceux de notre fonction publique. Cette mesure fera baisser sensiblement le nombre des emplois rémunérés selon les critères de notre fonction publique, créant un déficit des moyens sur postes utilisés à la formation. Mais le programme des trois présidents a prévu cette difficulté. Il indique que "les services d'enseignement seront définis en concertation avec les instances, en prenant en compte la politique d'établissement au regard de la reconnaissance des différentes activités des enseignants chercheurs, sur une période pluriannuelle ".

Certes, ce texte ne brille pas par la clarté ! Mais on doit faire l'effort de le comprendre, malgré sa confusion formelle, à la lumière de ce qui précède : il devient clair qu'il signifie  un accroissement de la durée du service d'enseignement pour les enseignants chercheurs jugés (par eux-mêmes ou par quelle instance ?) comme ne faisant  plus  de recherche (mais comment en décider?) .Il est vrai que certains d'entre eux en seront récompensés, par la "prime d'excellence pédagogique", mais le programme ne dit  ni comment ils seront  proposés et retenus, ni combien ils seront à en bénéficier. Cette prime n'est pas la seule, il y en a d'autres, pour toutes les activités, de recherche, administratives ... Le programme des trois présidents construit un système indemnitaire, qui rappelle étrangement la formule du "travailler plus pour gagner plus"; il introduit l’UAM dans une logique managériale, qui n'a rien à voir avec les règles du service public .

Mais revenons, pour finir, à l’austérité. Elle interdit d'espérer des largesses de l'Etat, il faut plutôt s'attendre au resserrement des cordons de sa bourse et la liste des trois présidents ne peut pas davantage tabler sur une croissance de  ses fonds propres, à moins qu'elle n'accepte de perdre une part de son indépendance : les donneurs de fonds ne sont pas  des mécènes et ils ne se font pas  financiers des universités sans contreparties ! Suivre cette pente, c'est accepter de changer la nature de l’université.

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